HSBC a relevé de 40 % ses prévisions de prix du gaz naturel en Europe pour 2026. Le contrat TTF néerlandais — référence du marché européen — devrait s'établir en moyenne à 14 dollars par million de BTU cette année, contre 10 dollars dans la prévision initiale. La cause tient en deux mots : détroit d'Ormuz.
20 % du GNL mondial bloqué
Avant la guerre, environ 20 % du gaz naturel liquéfié mondial transitait par le détroit d'Ormuz. Le Qatar et les Émirats arabes unis — deux des plus grands exportateurs de GNL au monde — expédient l'essentiel de leur production à travers ce passage de 50 kilomètres de large. Depuis la fermeture partielle du détroit le 15 mars, ces flux sont interrompus.
L'Asie est la première touchée : 26 % de ses approvisionnements en GNL proviennent du Qatar et des Émirats via Ormuz. Mais l'Europe subit un effet domino. Les cargaisons qui étaient destinées à l'Asie et transitaient par des routes alternatives sont désormais captées par les acheteurs asiatiques prêts à payer plus cher. L'Europe, qui s'est massivement tournée vers le GNL depuis la coupure du gaz russe en 2022, se retrouve en concurrence directe — avec moins de leviers, selon Bloomberg.
Des stocks en dessous de la moyenne
Les réserves européennes de gaz sont environ 15 points de pourcentage en dessous de la moyenne quinquennale. L'Europe avait réussi à reconstituer ses stocks après l'hiver 2024-2025, mais la fermeture d'Ormuz a stoppé le réapprovisionnement printanier au pire moment — celui où les pays stockent le gaz pour l'hiver suivant.
« L'Europe fait face à des prix du gaz élevés liés à la guerre au moins jusqu'en 2027 », résument les analystes d'HSBC dans leur note du 16 mars, relayée par Energy Connects. Le TTF devrait encore s'établir à 10 dollars par MBTU l'an prochain, puis redescendre à 8,50 dollars à partir de 2028 — à condition que le détroit rouvre. Autrement dit : deux hivers sous tension.
Ce qui vient : votre facture de chauffage
En France, le prix du gaz naturel est partiellement régulé par le tarif de référence de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Mais les marchés de gros — indexés sur le TTF — finissent toujours par se répercuter sur les factures avec un décalage de quelques mois. Une hausse de 40 % du TTF en 2026 signifie une hausse sensible des factures de chauffage à l'automne.
Les ménages chauffés au gaz — environ 11 millions de foyers en France — seront les premiers touchés. Les copropriétés avec chaudière collective, les bailleurs sociaux et les ménages au fioul subissent déjà la hausse des énergies fossiles. La chaîne de transmission passe aussi par l'industrie : la chimie européenne, premier consommateur industriel de gaz, répercute ses surcoûts sur les produits finis — plastiques, engrais, détergents.
Le marché l'a compris. Le blocus sélectif d'Ormuz n'est pas qu'un problème de pétrole. C'est aussi un verrou gazier. Et tant que le verrou tient, les factures montent.











