Depuis le 26 mars 2026, le détroit d’Ormuz n’est plus un blocus. C’est un tri. Le ministre iranien des Affaires étrangères a annoncé que les navires de cinq nations — Chine, Russie, Inde, Irak et Pakistan — étaient autorisés à traverser. Le 2 avril, les Philippines ont été ajoutées à la liste après des négociations directes avec Téhéran. Pour les autres — Europe, États-Unis, Japon, Corée du Sud —, le détroit reste fermé. Environ 2 000 navires sont piégés dans la zone.
Treize navires par jour, contre cent cinquante-trois
Avant le début du conflit le 28 février, le détroit d’Ormuz enregistrait en moyenne 153 transits quotidiens. Depuis le 1er mars, ce chiffre s’est effondré à 13 passages par jour — une chute de 91 %. Le 4 avril, cinq navires seulement ont franchi le détroit en 24 heures, selon les données de suivi maritime compilées par le Center for Strategic and International Studies (CSIS).
Les navires autorisés ne passent pas librement. Le 2 avril, trois pétroliers ont emprunté une route inédite longeant la côte omanaise au lieu du chenal central, selon Bloomberg. Un couloir plus étroit, plus lent, hors de portée immédiate des patrouilles des Gardiens de la Révolution. Téhéran décide qui passe, quand, et par où.
La carte des alliés et des autres
La liste des cinq pays autorisés n’est pas le fruit du hasard. La Chine, la Russie et l’Inde n’ont pas soutenu les frappes américano-israéliennes sur l’Iran. L’Irak, « pays frère » selon le commandement iranien, est le deuxième producteur de l’OPEP — sa coopération garantit un levier de négociation face à Washington. Le Pakistan, voisin de l’Iran, sert de corridor logistique alternatif.
Ce que l’Iran a construit en cinq semaines, c’est une géographie économique à deux vitesses. D’un côté, des raffineries chinoises et indiennes qui continuent de tourner avec du brut irakien et iranien acheminé au compte-gouttes. De l’autre, une Europe privée de 20 % de ses approvisionnements pétroliers mondiaux, un Japon dépendant du GNL qatari immobilisé, et une France dont 29 % des importations de gazole proviennent du Moyen-Orient.
Le 3 avril, les représentants de quarante pays ont exigé la « réouverture immédiate et inconditionnelle » du détroit d’Ormuz, menaçant l’Iran de nouvelles sanctions. Téhéran n’a pas répondu. Quarante voix dans le vide — et cinq drapeaux qui passent.
Ce que la France paie
Le filtre d’Ormuz se lit directement à la pompe. Le gazole a atteint 2,25 €/L en moyenne nationale le 1er avril — un record absolu depuis le début du suivi des prix par l’État en 1985. Le SP95-E10 dépasse 2 €/L. 1 745 stations-service sont en rupture totale ou partielle, soit 16 % du réseau.
La semaine qui s’ouvre est une cascade. Mardi 7 avril, le plafond TotalEnergies expire : les 3 300 stations du groupe s’aligneront sur les cours du marché. Mercredi 8 avril, le Conseil des ministres doit annoncer des mesures de rationnement de carburant. Dans certaines villes, il a déjà commencé : à Poitiers, les automobilistes sont limités à dix litres par passage.
Le blocus sélectif d’Ormuz signifie que les prix ne se normaliseront pas, même si quelques navires parviennent à traverser. Tant que la France ne figure pas sur la liste de Téhéran, le gazole qui alimente ses camions, ses ambulances et ses tracteurs reste coincé quelque part entre Oman et l’Iran. Avec 2 000 navires.











