Vous avez fait le plein d'essence. Vous avez vérifié vos conserves. Vous avez même regardé le prix du gaz. Mais avez-vous pensé à ce que votre chat mangera dans trois semaines ?
La France héberge 80 millions d'animaux de compagnie selon la FACCO, la fédération de l'industrie du petfood. Plus d'un foyer sur deux possède un chien, un chat, un lapin ou un oiseau. L'industrie qui les nourrit représente 4,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires et dépend des mêmes chaînes d'approvisionnement mondiales que l'alimentation humaine. Et ces chaînes sont en train de craquer.
Ce que la guerre en Iran change dans la gamelle de votre animal
Les aliments pour animaux de compagnie sont composés à 90 % de matières premières agricoles et animales : farines de viande, graisses animales, céréales, compléments chimiques. Chacun de ces ingrédients subit la crise en cours.
Les graisses animales ont vu leur prix multiplié par trois depuis 2024. Les céréales sont sous tension en raison de la flambée des engrais, dont l'urée a bondi de 50 %. Les compléments chimiques (taurine, vitamines de synthèse) utilisés dans les recettes transitent en partie par le Golfe. Et le blocage d'Ormuz a fait grimper les coûts de fret maritime de 15 à 20 % sur toutes les routes mondiales.
Les emballages aggravent l'équation. Les sachets de pâtée et les sacs de croquettes sont fabriqués en plastique souple, dont le polypropylène et le polyéthylène. Ces résines dérivent du pétrole.
Quand le Brent dépasse 109 dollars, le coût des emballages plastiques grimpe de 30 à 50 %. Mars, Nestlé, et les marques distributeurs répercutent ou absorbent. Dans les deux cas, le résultat arrive dans le rayon.
Royal Canin, Purina, Pedigree : les géants sous pression
Mars Inc., qui détient Pedigree, Whiskas, Sheba et Royal Canin, a signalé des difficultés d'approvisionnement sur plusieurs références depuis mars 2026. Nestlé Purina (Felix, Friskies, Gourmet) est dans la même situation.
Le phénomène n'est pas encore une pénurie. C'est une tension.
Certaines références disparaissent temporairement des rayons. D'autres changent de recette sans que l'étiquette ne le signale clairement. D'autres encore réduisent le grammage — la shrinkflation touche aussi les croquettes.
La FACCO alertait dès janvier 2026 sur « des fragilités à l'international » dans son rapport annuel. « Les industriels jonglent avec des stocks de sécurité de quatre à six semaines. Au-delà, si les chaînes d'approvisionnement ne se rétablissent pas, des ruptures ciblées sont inévitables », précise la fédération, qui représente 98 % du volume de petfood produit en France.
Pourquoi l'État n'a aucun plan pour les animaux de compagnie
Le plan ORSEC, qui organise la réponse de l'État en cas de crise, couvre l'eau potable, l'électricité, l'alimentation humaine. Il ne mentionne pas l'alimentation animale. Les réserves stratégiques ne contiennent pas de croquettes.
Ce n'est pas anecdotique. Un propriétaire dont l'animal ne mange plus devient un problème de santé publique. Les vétérinaires, déjà en pénurie structurelle (19 500 praticiens pour 80 millions d'animaux), seront les premiers sollicités.
Les refuges SPA, déjà saturés, anticipent une vague d'abandons si les prix deviennent intenables pour les ménages modestes. Après le Covid, après l'inflation de 2022, la guerre en Iran pourrait déclencher la troisième vague d'abandons en quatre ans.
Ce que les propriétaires peuvent faire dès maintenant
Première règle : ne pas changer brutalement l'alimentation de votre animal. Un changement de marque ou de composition se fait progressivement, sur une à deux semaines, en mélangeant l'ancien et le nouveau. Un changement brutal provoque des troubles digestifs.
Deuxième piste : privilégier les marques fabriquées en France. Plusieurs fabricants français (Virbac, Affinity, Atavik) utilisent des circuits courts et des matières premières européennes, moins exposées aux perturbations du Golfe.
Troisième option : la ration ménagère. Préparer soi-même les repas de son chien ou de son chat à partir de viande, légumes et compléments est une alternative viable, à condition de respecter les équilibres nutritionnels. Le vétérinaire peut fournir une recette adaptée.
Stocker raisonnablement est aussi une option. Un mois d'avance sur la marque habituelle coûte entre 30 et 80 euros selon la taille de l'animal. C'est le même réflexe de prévoyance que pour les conserves ou les bougies — appliqué à ceux qui dépendent entièrement de nous.











