Ce vendredi 3 avril, la Russie a lancé près de 500 drones et missiles de croisière contre l'Ukraine en plein jour. Six personnes ont été tuées. Des coupures d'électricité d'urgence ont été déclenchées à Kiev, Tcherkassy et Jytomyr. A Kiev, les alertes sont devenues une routine : les habitants continuent de fréquenter les cafés, les marchés, le métro, tandis que les sirènes retentissent au-dessus de leurs têtes.
La normalisation d'une violence de masse aérienne
L'escalade aérienne est devenue systématique. Mercredi, 360 drones avaient visé le territoire ukrainien. Le 24 mars, c'étaient plus de 400. Les attaques ne se produisent plus seulement la nuit — elles frappent désormais en plein jour, rendant tout abri précaire et tout déplacement risqué.
La trêve de Pâques proposée par Volodymyr Zelensky a été rejetée par Moscou. C'est le troisième refus en un mois. Les négociations de paix, déjà suspendues depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, ne montrent aucun signe de reprise. Le président ukrainien a invité les émissaires américains à Kiev et proposé une « navette diplomatique » entre Kiev et Moscou, sans réponse pour l'instant.
L'Ukraine éclipsée par la guerre en Iran tente un pivot stratégique
Depuis le 28 février et le début de la guerre en Iran, l'Ukraine a quasiment disparu de l'attention internationale. Les chaînes d'information en continu, les agendas diplomatiques, les livraisons d'armes — tout s'est recentré sur le Moyen-Orient. C'est dans ce contexte que Zelensky a fait une proposition inattendue : offrir l'aide de l'Ukraine aux monarchies du Golfe pour contribuer à débloquer le détroit d'Ormuz.
Le calcul est limpide. En se rendant utile sur la crise qui monopolise l'attention mondiale, l'Ukraine tente de ne pas perdre pied diplomatiquement. La Russie, de son côté, profite de cet effacement médiatique pour intensifier ses frappes. Comme nous l'avions analysé dès la première semaine du conflit iranien, l'éclipse ukrainienne sert directement les intérêts de Moscou.
Le décalage entre la réalité militaire et l'attention qu'on lui porte est saisissant. En mars 2026, l'Ukraine a subi plus de frappes aériennes que durant n'importe quel mois depuis le début de l'invasion en février 2022. Et pourtant, la couverture médiatique internationale de ce conflit n'a jamais été aussi faible.
Ce qui se joue dans les prochains jours
La multiplication des attaques en plein jour modifie la vie quotidienne des Ukrainiens. Les alertes, devenues routinières, ne déclenchent plus les mêmes réflexes de mise à l'abri. Les coupures d'électricité d'urgence affectent des régions entières. L'arrivée du printemps et des jours plus longs offre à la Russie une fenêtre élargie pour les frappes diurnes.
La proposition de Zelensky sur Ormuz est un pari diplomatique. Si les monarchies du Golfe acceptent ne serait-ce qu'un dialogue, l'Ukraine retrouve une place à la table. Si elles ignorent l'offre, l'isolement se confirme. Dans les deux cas, les 500 drones de ce vendredi rappellent que cette guerre n'est pas terminée — elle est simplement devenue invisible. Comme l'a résumé le général Oleksandre Syrsky, chef de l'état-major ukrainien, « l'ennemi profite du fait que les yeux du monde sont tournés ailleurs ».











