Le mardi 7 avril 2026, 64 % des stations-service françaises n’ont plus de SP95-E10, l’essence la plus consommée en France. Le gazole se vend 2,315 euros le litre en moyenne nationale selon les relevés de l’AFP — un record depuis que l’État suit les prix à la pompe, en 1985. Et le dernier filet de protection saute : TotalEnergies arrête son plafonnement.
Le bouclier qui n’a pas tenu
Depuis le 12 mars, TotalEnergies maintenait le SP95-E10 à 1,99 euro et le gazole à 2,09 euros dans ses 3 400 stations-service. L’écart avec le reste du réseau — où le gazole dépasse 2,80 euros dans certaines stations — a provoqué un afflux massif d’automobilistes. Les cuves se vidaient en quelques heures.
Hors réseau TotalEnergies, le taux de rupture n’est que de 4 %, a précisé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, sur RMC le 7 avril. Mais c’est bien le réseau Total — 3 400 stations, le premier de France — qui concentre l’essentiel des ruptures.
Seuls les clients détenteurs d’un contrat électricité ou gaz TotalEnergies conservent un plafond à 1,94 euro jusqu’au 16 avril. Pour tous les autres, c’est terminé.
D’Ormuz à la pompe
La chaîne est directe. Le détroit d’Ormuz est verrouillé depuis le 28 février 2026. Le baril de Brent est passé de 70 à 111 dollars en six semaines. La France importe 51 % du gazole qu’elle consomme. Dont 29 % en provenance directe du Proche-Orient.
En mars, les Français n’ont pas réduit leur consommation. Ils ont acheté 1 % de carburant de plus qu’en mars 2025, selon l’Union française des industries pétrolières. Olivier Gantois, président de l’Ufip, assure disposer de « quelques semaines de visibilité ». L’Agence internationale de l’énergie, elle, prévient : avril sera deux fois plus tendu que mars.
Les réserves stratégiques françaises couvrent environ 90 jours de consommation théorique. Sans baisse de la demande, ce matelas s’amincit plus vite que les modèles ne le prévoient.
70 millions d’aide, 50 centimes de hausse
Le gouvernement a débloqué 70 millions d’euros, dont 50 millions pour le transport routier — environ 20 centimes par litre, pour le seul mois d’avril. La hausse dépasse 50 centimes depuis le 28 février.
Maud Bregeon a écarté toute « aide universelle » : « Nous ne pouvons pas nous le permettre. » La CGT réclamait un plafond à 1,70 euro le litre. La ministre a rejeté l’idée : un blocage des prix « amènerait dans un laps de temps très rapide à des problématiques de pénurie », a-t-elle estimé sur BFMTV.
La TVA à 20 % sur un litre plus cher génère automatiquement des recettes supplémentaires. Depuis le début de la crise, le surplus fiscal de l’État dépasse 270 millions d’euros.
La colère monte, le rationnement suit
En Corse, les six principaux ports sont bloqués depuis le 7 avril par des pêcheurs qui dénoncent une « spirale mortifère » des prix. À Nantes, des entreprises de travaux publics paralysent le périphérique.
« La hausse des carburants augmente énormément les charges, sans qu’une entreprise puisse réviser les devis faits six mois auparavant », alerte Andrea Lemasson, secrétaire générale de la Chambre nationale des artisans des travaux publics. « Les trésoreries sont fragilisées. »
À Poitiers, des stations rationnent déjà à dix litres par passage. Le gouvernement prépare de nouvelles aides ciblées pour les « aides-soignantes », les « aides à domicile » et « certains agriculteurs ». Le Conseil des ministres du mercredi 8 avril doit acter les modalités d’un rationnement national. Selon les hypothèses en circulation, les achats pourraient être plafonnés à 50 litres par semaine et par personne.
Ce que ça coûte
Un plein de 50 litres de gazole : 116 euros le 7 avril. Avant le déclenchement de la guerre, environ 90 euros. Pour un automobiliste qui fait le plein chaque semaine, c’est une centaine d’euros de plus par mois.
Le caddie suit. Le transport routier répercute déjà la hausse du gazole non routier sur les prix alimentaires.
Pour trouver la station la moins chère et la mieux approvisionnée près de chez vous, consultez notre outil de suivi des prix en temps réel, mis à jour quotidiennement à partir des données du ministère de l’Économie.
Prochaine échéance : mercredi 8 avril, Conseil des ministres. Cinq pays européens — Espagne, Autriche, Allemagne, Italie, Portugal — réclament déjà une taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a saisi la Commission européenne sur les marges des raffineries.











