Le vote devait avoir lieu vendredi 3 avril. Il n’a pas eu lieu. Au Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le projet de résolution porté depuis une dizaine de jours par Bahreïn — qui autorisait l’usage de la force pour libérer le détroit d’Ormuz — a été reporté sans nouvelle date.
Ce que demandait la résolution
Le texte, cosigné par une quarantaine de pays, accusait l’Iran de « prendre en otage l’économie mondiale » en maintenant le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent normalement 20 % du pétrole et du GNL mondiaux. Il réclamait la « réouverture immédiate et inconditionnelle » du passage et autorisait, en cas de refus, le recours à la force au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies.
L’armée iranienne a répondu avant même le vote : le détroit « restera fermé aux pays jugés hostiles ».
Pourquoi le Conseil n’a pas voté
Trois verrous empêchent le consensus.
Le veto russe et chinois. La Russie et la Chine, membres permanents, n’ont aucun intérêt à autoriser une intervention navale dans le Golfe. La Chine, qui négocie discrètement avec Téhéran le passage de ses tankers, préfère le statu quo. Moscou défend un allié stratégique. Double veto probable.
L’Europe divisée. La France et le Royaume-Uni soutiennent le principe d’une réouverture mais hésitent sur l’usage de la force. L’Europe tente de monter sa propre coalition navale, indépendante de Washington, pour ne pas être entraînée dans une escalade américaine.
Les non-alignés. L’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud — qui dépendent du pétrole du Golfe mais refusent l’interventionnisme occidental — ne veulent pas choisir de camp. Le Sud global est pris entre deux feux : la hausse du brut l’étrangle, mais une résolution musclée légitimerait la guerre américano-israélienne qu’il désapprouve.
Ce que cela signifie pour les prix
Tant qu’Ormuz reste fermé aux pays « hostiles », le marché pétrolier fonctionne en mode crise. Le Brent a terminé la séance de jeudi en hausse de près de 8 %, à 109,03 dollars. Les marchés sont fermés jusqu’à lundi pour Pâques — trois jours pendant lesquels les tensions s’accumuleront sans soupape.
Le scénario d’un Ormuz durablement fermé n’est plus une hypothèse. C’est la réalité que l’ONU n’arrive pas à dénouer. Les prix à la pompe en France en sont le reflet quotidien.
La suite
Aucune nouvelle date de vote n’a été fixée. La fenêtre diplomatique reste ouverte, mais chaque jour sans résolution renforce la position de facto de Téhéran : Ormuz est son arme de négociation, et personne n’a trouvé comment la lui retirer sans déclencher une autre guerre dans la guerre.
Quarante pays demandent. Deux bloquent. Et le pétrole reste derrière le mur.











