Les marchés européens rouvrent mardi 7 avril après quatre jours de fermeture pour Pâques — la plus longue pause boursière de l'année. Pendant ce temps, la guerre en Iran a produit quatre jours de chocs que les cours n'ont pas encore intégrés. Le Brent a dépassé 140 dollars en indices datés — un niveau plus vu depuis juillet 2008. Un F-15 américain a été abattu en Iran. L'Iran a bombardé les centrales électriques du Koweït. Et l'ultimatum de Trump expire lundi soir — sept heures avant l'ouverture du CAC 40.
Pourquoi la bourse est fermée quatre jours
Euronext Paris est fermée du vendredi 3 avril (Vendredi saint) au lundi 6 avril (lundi de Pâques) inclus. La dernière séance, jeudi 2 avril, s'était terminée sur un CAC 40 à 7 962 points, en repli de 0,24 %. Sur la semaine, l'indice avait pourtant repris 3,4 %, porté par un bref espoir diplomatique. Cet espoir n'a pas survécu au week-end.
Quatre jours fermés, c'est quatre jours où les prix ne bougent pas alors que le monde bouge. Les marchés obligataires, les futures sur matières premières et les marchés asiatiques, eux, n'ont pas fait de pause. Quand le CAC 40 rouvrira mardi à 9 h, il devra absorber d'un coup tout ce qui s'est accumulé.
Ce qui s'est passé pendant que les marchés étaient fermés
Entre vendredi 3 et dimanche 5 avril, la guerre en Iran a produit une série de chocs :
Vendredi 3 avril. L'Iran tire des missiles sur Tel-Aviv. Un F-15E américain est abattu — premier avion de combat US à s'écraser en Iran. Le Brent clôture à 109,03 dollars sur l'ICE, en hausse de 7,8 %. C'est la dernière séance de négoce avant Pâques.
Samedi 4 avril. Trump lance un ultimatum de 48 heures à l'Iran. La centrale nucléaire de Bouchehr est frappée pour la quatrième fois, Rosatom évacue 198 employés. La zone pétrochimique de Mahshahr est bombardée : cinq morts, 170 blessés. Les indices datés du Brent dépassent 140 dollars.
Dimanche 5 avril. L'Iran bombarde les centrales électriques et les stations de dessalement du Koweït. Le deuxième pilote américain est secouru. Le commandement iranien rejette l'ultimatum : « les portes de l'enfer vont s'ouvrir pour vous. »
Aucun de ces événements n'a été intégré dans les cours européens.
Lundi 6 avril : Wall Street ouvre, pas l'Europe
C'est le décalage clé de cette semaine. Wall Street ouvre normalement lundi 6 avril — le NYSE et le Nasdaq ne reconnaissent pas le lundi de Pâques comme jour férié (calendrier SIFMA). La séance américaine débute à 9 h 30 heure de New York, soit 15 h 30 heure de Paris.
L'Europe, elle, reste fermée. Euronext Paris, Francfort (Xetra), Londres (LSE) — toutes fermées le lundi de Pâques. Les investisseurs européens regarderont Wall Street sans pouvoir agir. La séance américaine de lundi sera donc le premier indicateur de prix pour le reste du monde.
Si Wall Street plonge lundi soir, le CAC 40 ouvrira mardi en fort gap baissier. Si Wall Street tient, la pression sera moindre — mais le Brent à 140 dollars pèsera quand même.
Mardi 2 h du matin : l'ultimatum expire
L'ultimatum de Trump à l'Iran expire lundi 6 avril à 20 h, heure de Washington — soit mardi 7 avril à 2 h du matin, heure de Paris. Si l'Iran n'a ni rouvert le détroit d'Ormuz ni conclu d'accord, Trump a promis de « déchaîner les enfers », y compris des frappes sur les centrales électriques et sur l'île de Kharg, par où transitent 90 % des exportations pétrolières iraniennes.
Le CAC 40 ouvre sept heures plus tard, à 9 h. Les investisseurs sauront donc, au moment de passer leurs ordres, si l'ultimatum a débouché sur une escalade ou un sursis. C'est cette séquence — ultimatum à 2 h, ouverture à 9 h — qui rend la journée de mardi potentiellement explosive.
Les secteurs du CAC 40 les plus exposés
Tous les secteurs ne subiront pas le même choc. Trois familles de valeurs concentrent le risque.
Énergie. TotalEnergies est le premier poids du CAC 40 par capitalisation. Le cours du Brent dicte la direction de l'action. À 109 dollars jeudi, le titre avait déjà progressé sur la semaine. Mais au-delà de 140 dollars, c'est un territoire inconnu depuis 2008 — et la question n'est plus la hausse du brut mais la viabilité des approvisionnements. Le plafond TotalEnergies sur les carburants expire le même jour.
Transport aérien. Air France-KLM est directement touchée par le prix du kérosène — un Brent à 140 dollars entraîne un kérosène au-delà de tout ce que les couvertures de risque prévoyaient. Les compagnies aériennes sont déjà en train de réduire leurs programmes d'été.
Luxe et industrie. LVMH, Hermès et Kering dépendent de l'Asie pour 30 à 40 % de leur chiffre d'affaires. Les perturbations logistiques liées à Ormuz, la flambée des coûts de transport et le ralentissement de la demande asiatique pèsent sur les perspectives. Airbus et Safran subissent la tension sur les matières premières — titane, tungstène, aluminium.
Banques. BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole sont exposées à la volatilité des taux, au risque souverain des pays du Golfe et aux défauts potentiels dans les portefeuilles énergie. En 2008, lors du dernier pic du Brent au-dessus de 140 dollars, les bancaires avaient été les premières à chuter.
Ce qui peut limiter le choc
La semaine précédente, le CAC 40 avait repris 3,4 % malgré la guerre — signe que les marchés intègrent déjà un scénario de conflit prolongé. L'or, à 4 665 dollars l'once jeudi, joue son rôle de refuge. Et si Wall Street absorbe le choc lundi sans effondrement, l'Europe ouvrira mardi avec un plancher.
Le vrai risque n'est pas le niveau du Brent. C'est l'incertitude. Si l'ultimatum expire sans frappe sur Kharg, les marchés respireront. Si Kharg est frappée, les 90 % d'exportations pétrolières iraniennes disparaissent — et le Brent n'a plus de plafond.
Ce qui converge mardi 7 avril
Cinq événements en 24 heures :
1. Réouverture du CAC 40 et des marchés européens après quatre jours de pause.
2. Résultat de l'ultimatum Trump (expiré 7 heures plus tôt).
3. Signal de Wall Street la veille (lundi soir).
4. Fin du plafond TotalEnergies sur les carburants — 3 300 stations s'alignent sur les cours du marché.
5. Nouveau niveau du Brent, premier cours officiel européen depuis jeudi.
Mardi 7 avril 2026 ne sera pas un jour de bourse normal. C'est un jour où quatre jours de guerre se compriment en une séance.











