Un plan de cessez-le-feu existe. Il circule depuis dimanche 5 avril entre Washington, Téhéran et au moins trois pays médiateurs. Il prévoit 45 jours de trêve, puis un accord permanent. Selon Axios, qui a révélé ses contours lundi 6 avril, les deux camps l'ont reçu. Aucun ne l'a accepté.
Un plan en deux phases
Le plan, élaboré par les médiateurs pakistanais, égyptiens et turcs, se décompose en deux étapes.
Phase 1 : trêve de 45 jours. Les hostilités cessent immédiatement. Les frappes s'arrêtent des deux côtés. Pendant cette période, les parties négocient les conditions d'un accord permanent. Point crucial : le détroit d'Ormuz reste fermé. L'Iran refuse catégoriquement de rouvrir le passage pendant une simple trêve — c'est son seul levier de négociation, et il n'entend pas le lâcher avant d'avoir obtenu des garanties.
Phase 2 : accord permanent. Si les négociations aboutissent, la guerre prend fin. Le détroit d'Ormuz rouvre. L'Iran règle la question de son uranium hautement enrichi à 60 % — soit en le transférant hors du pays, soit en le diluant sous le seuil militaire. C'est la partie la plus ambitieuse, et la plus fragile.
Trois médiateurs, un canal de textos
Le maréchal pakistanais Asim Munir a passé la nuit de dimanche à lundi en contact direct avec des responsables américains et iraniens. Le Pakistan, qui partage une frontière avec l'Iran et entretient des relations avec les deux camps, s'est imposé comme le principal canal. L'Égypte — qui a imposé un couvre-feu commercial pour contenir la crise énergétique — et la Turquie, membre de l'OTAN et interlocuteur historique de Téhéran, complètent le trio de médiateurs.
En parallèle, l'émissaire américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi échangent par messages. C'est ce canal qui a conduit Donald Trump à évoquer des « bonnes chances » et à repousser son ultimatum lundi.
Trois raisons pour lesquelles ça bloque
L'Iran ne veut pas de deadline. Un haut responsable iranien l'a déclaré à Reuters : Téhéran « n'acceptera pas de deadlines ». Le précédent pèse lourd. Après les cessez-le-feu à Gaza et au Liban, l'Iran estime que les trêves temporaires ont été utilisées pour repositionner les forces avant de reprendre les frappes. Accepter 45 jours de pause sans garantie de sécurité, c'est s'exposer à une attaque plus violente au 46e jour.
Les États-Unis veulent Ormuz d'abord. Pour Washington, la réouverture du détroit est le préalable, pas la récompense. Trump l'a dit sur Fox News, sur ABC et sur Truth Social : pas de deal sans Ormuz ouvert. Or le plan prévoit qu'Ormuz reste fermé pendant la phase 1. C'est exactement ce que Trump refuse.
L'uranium est un mur. La phase 2 exige que l'Iran renonce à son uranium enrichi à 60 %, proche du seuil militaire. Ce programme est le résultat de décennies d'investissement et le cœur de la doctrine de dissuasion iranienne. Aucun gouvernement iranien ne l'a jamais cédé volontairement — ni sous Rohani, ni sous Raïssi, ni sous les sanctions les plus sévères.
Ce qui se passe si le plan échoue
Trump a détaillé ses menaces. Les centrales électriques iraniennes, les ponts, l'île de Kharg et « possiblement toutes les usines de dessalement ». Sur ABC News : « We're blowing up the whole country. » Les analystes pétroliers projettent un Brent entre 130 et 160 dollars si Kharg est frappée — 90 % du pétrole iranien disparaîtrait du marché mondial.
Pour la France, l'échec signifierait une accélération de la crise. Le plafond TotalEnergies expire mardi. Le rationnement est annoncé mercredi. L'AIE a prévenu : avril sera pire que mars. Si ce plan tombe, il n'y a plus de plan B — seulement des bombes et un baril à trois chiffres.











