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Iran :
le plan de cessez-le-feu en 45 jours que personne ne signe

Un plan de cessez-le-feu en 45 jours circule entre Washington et Téhéran via trois médiateurs. Ormuz resterait fermé pendant la trêve. L'Iran refuse les délais. Les États-Unis veulent le détroit d'abord. Les chances sont « minces ».

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Immeuble détruit après une frappe israélienne au Liban, avril 2026
Les ruines d'un immeuble au Liban après une frappe israélienne© AFP / Abbas Fakih

Un plan de cessez-le-feu existe. Il circule depuis dimanche 5 avril entre Washington, Téhéran et au moins trois pays médiateurs. Il prévoit 45 jours de trêve, puis un accord permanent. Selon Axios, qui a révélé ses contours lundi 6 avril, les deux camps l'ont reçu. Aucun ne l'a accepté.

Un plan en deux phases

Le plan, élaboré par les médiateurs pakistanais, égyptiens et turcs, se décompose en deux étapes.

Phase 1 : trêve de 45 jours. Les hostilités cessent immédiatement. Les frappes s'arrêtent des deux côtés. Pendant cette période, les parties négocient les conditions d'un accord permanent. Point crucial : le détroit d'Ormuz reste fermé. L'Iran refuse catégoriquement de rouvrir le passage pendant une simple trêve — c'est son seul levier de négociation, et il n'entend pas le lâcher avant d'avoir obtenu des garanties.

Phase 2 : accord permanent. Si les négociations aboutissent, la guerre prend fin. Le détroit d'Ormuz rouvre. L'Iran règle la question de son uranium hautement enrichi à 60 % — soit en le transférant hors du pays, soit en le diluant sous le seuil militaire. C'est la partie la plus ambitieuse, et la plus fragile.

Trois médiateurs, un canal de textos

Le maréchal pakistanais Asim Munir a passé la nuit de dimanche à lundi en contact direct avec des responsables américains et iraniens. Le Pakistan, qui partage une frontière avec l'Iran et entretient des relations avec les deux camps, s'est imposé comme le principal canal. L'Égypte — qui a imposé un couvre-feu commercial pour contenir la crise énergétique — et la Turquie, membre de l'OTAN et interlocuteur historique de Téhéran, complètent le trio de médiateurs.

En parallèle, l'émissaire américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi échangent par messages. C'est ce canal qui a conduit Donald Trump à évoquer des « bonnes chances » et à repousser son ultimatum lundi.

Trois raisons pour lesquelles ça bloque

L'Iran ne veut pas de deadline. Un haut responsable iranien l'a déclaré à Reuters : Téhéran « n'acceptera pas de deadlines ». Le précédent pèse lourd. Après les cessez-le-feu à Gaza et au Liban, l'Iran estime que les trêves temporaires ont été utilisées pour repositionner les forces avant de reprendre les frappes. Accepter 45 jours de pause sans garantie de sécurité, c'est s'exposer à une attaque plus violente au 46e jour.

Les États-Unis veulent Ormuz d'abord. Pour Washington, la réouverture du détroit est le préalable, pas la récompense. Trump l'a dit sur Fox News, sur ABC et sur Truth Social : pas de deal sans Ormuz ouvert. Or le plan prévoit qu'Ormuz reste fermé pendant la phase 1. C'est exactement ce que Trump refuse.

L'uranium est un mur. La phase 2 exige que l'Iran renonce à son uranium enrichi à 60 %, proche du seuil militaire. Ce programme est le résultat de décennies d'investissement et le cœur de la doctrine de dissuasion iranienne. Aucun gouvernement iranien ne l'a jamais cédé volontairement — ni sous Rohani, ni sous Raïssi, ni sous les sanctions les plus sévères.

Ce qui se passe si le plan échoue

Trump a détaillé ses menaces. Les centrales électriques iraniennes, les ponts, l'île de Kharg et « possiblement toutes les usines de dessalement ». Sur ABC News : « We're blowing up the whole country. » Les analystes pétroliers projettent un Brent entre 130 et 160 dollars si Kharg est frappée — 90 % du pétrole iranien disparaîtrait du marché mondial.

Pour la France, l'échec signifierait une accélération de la crise. Le plafond TotalEnergies expire mardi. Le rationnement est annoncé mercredi. L'AIE a prévenu : avril sera pire que mars. Si ce plan tombe, il n'y a plus de plan B — seulement des bombes et un baril à trois chiffres.

L'essentiel

  • Un plan de cessez-le-feu en deux phases circule entre les médiateurs depuis dimanche 5 avril
  • Phase 1 : trêve de 45 jours, Ormuz reste fermé. Phase 2 : accord permanent, Ormuz rouvre, uranium réglé
  • Pakistan, Égypte et Turquie servent de médiateurs. Witkoff et Araghchi échangent par messages
  • L'Iran refuse tout délai. Les États-Unis veulent Ormuz d'abord. L'uranium enrichi est un mur

Questions fréquentes

Le cessez-le-feu Iran va-t-il se concrétiser ?
Les chances sont jugées « minces » par les sources diplomatiques d'Axios. Les trois obstacles majeurs — le refus iranien de fixer des délais, l'exigence américaine d'ouvrir Ormuz immédiatement et la question de l'uranium enrichi — n'ont pas de solution évidente à court terme. Le plan a été reçu par les deux camps mais aucun ne l'a accepté au 6 avril 2026.
Pourquoi l'Iran refuse-t-il d'ouvrir Ormuz pendant une trêve ?
Le blocus du détroit d'Ormuz est le principal levier de pression de Téhéran. Le rouvrir pendant une trêve temporaire reviendrait à abandonner cet atout sans garantie que la guerre ne reprenne pas ensuite. L'Iran cite les précédents de Gaza et du Liban, où les cessez-le-feu ont selon lui été utilisés pour préparer de nouvelles frappes.

Antoine Lefebvre

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