Aller au contenu principal

« La retenue est terminée » :
l'Iran vise le pétrole du Golfe

Les Gardiens de la révolution ont frappé des complexes pétrochimiques américains en Arabie saoudite et promettent de priver les alliés de Washington de pétrole « pour des années ». Leurs capacités militaires sont dégradées. Leurs cibles, elles, se multiplient.

Mis à jour le mardi 7 avril 2026 — 14h04
4 min
Installation pétrochimique du Golfe de nuit, torchère allumée, mars 2026
Une installation pétrochimique dans le Golfe, désormais dans la ligne de tir de l'IRGC© AFP / ODD ANDERSEN

Le 7 avril 2026, les Gardiens de la révolution iraniens ont lancé la vague 99 de l'opération True Promise 4. Les cibles n'étaient pas en Israël. Elles étaient en Arabie saoudite : les complexes pétrochimiques de Sadara, d'ExxonMobil et de Dow Chemical à Jubail, et celui de Chevron Phillips à Ju'aymah. Des actifs américains, sur le sol d'un allié de Washington.

« Toutes les considérations sont levées »

Le communiqué de l'IRGC ne laisse aucune ambiguïté. « Jusqu'à aujourd'hui, par bon voisinage, nous avons fait preuve d'une immense retenue dans le choix de nos cibles de représailles. Désormais, toutes ces considérations sont levées », ont déclaré les Gardiens de la révolution.

La suite est une menace directe : « Nous frapperons les infrastructures de l'Amérique et de ses partenaires de telle sorte qu'ils seront privés du pétrole et du gaz de la région pour des années. »

Ce n'est pas du bluff. La vague 99 le prouve : des missiles à moyenne portée et des drones suicides ont atteint Jubail et Ju'aymah, deux des plus grands hubs pétrochimiques du Golfe. L'IRGC a précisé que les frappes répondaient à la destruction du complexe pétrochimique d'Assaluyeh, dans le champ gazier de South Pars — le plus grand du monde — frappé par Israël la veille.

Un pays affaibli qui élargit ses cibles

En 39 jours de guerre, l'Iran a tiré 438 missiles balistiques, 2 012 drones et 19 missiles de croisière. Mais le rythme s'effondre. Selon des sources américaines relayées par Euronews, les tirs balistiques ont chuté de 86 % par rapport aux premiers jours du conflit. Les drones, de 83 %.

L'arsenal s'épuise. Les sites de production sont bombardés. 85 % de la capacité pétrochimique iranienne est hors ligne, selon l'armée israélienne. L'île de Kharg — par où transitent 90 % des exportations pétrolières iraniennes — a été frappée une deuxième fois le 7 avril, avec de nouvelles explosions signalées par l'agence Mehr.

Le paradoxe est là. L'Iran a moins de munitions mais plus de cibles. Avant le 7 avril, l'IRGC épargnait les infrastructures économiques des pays voisins. Ce verrou a sauté.

Le Golfe dans la ligne de tir

Depuis le 28 février, l'Iran a déjà frappé des bases américaines au Bahreïn (siège de la Ve Flotte), en Jordanie, au Koweït, au Qatar (Al Udeid) et aux Émirats arabes unis. Plus de 3 000 attaques missiles et drones ont été recensées sur l'ensemble du théâtre d'opérations.

La nouveauté du 7 avril n'est pas militaire. Elle est économique. Frapper Sadara, ExxonMobil et Chevron Phillips sur le sol saoudien, c'est viser le portefeuille américain là où il est le plus exposé. C'est aussi envoyer un message aux monarchies du Golfe : héberger des actifs américains fait de vous une cible.

L'IRGC a d'ailleurs menacé des entreprises technologiques américaines présentes dans la région — Google, Apple, Tesla, Microsoft, Nvidia — sans préciser les sites visés.

Ce que ça change pour le pétrole mondial

Le détroit d'Ormuz est fermé depuis six semaines. Le baril de Brent dépasse 111 dollars. La planète entière paie déjà la facture, mais pas au même prix. Si l'Iran passe des menaces aux frappes systématiques sur les installations pétrolières saoudiennes et émiraties, c'est la capacité de production du Golfe entier qui est menacée — pas seulement le transit par Ormuz. Et la facture énergétique européenne, déjà en hausse de 40 % selon HSBC, n'a pas fini de grimper.

L'Arabie saoudite produit environ 9 millions de barils par jour. Les Émirats, 3 millions. Les installer dans la ligne de tir iranienne, c'est ajouter un risque d'offre à un risque de transit qui étrangle déjà le marché.

En France, 64 % des stations n'ont déjà plus d'essence et le rationnement arrive. Le cessez-le-feu de 45 jours a été rejeté par les deux camps. L'Iran réclame une fin permanente du conflit. Trump menace de détruire tous les ponts et centrales du pays en quatre heures.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a prévenu sur X : si les États-Unis frappent les centrales électriques iraniennes, la réponse sera « décisive, immédiate, et regrettable ».

Entre un Iran qui élargit ses cibles par nécessité et des États-Unis qui menacent l'escalade totale, la fenêtre diplomatique se réduit. Le conflit entre dans sa phase la plus dangereuse.

L'essentiel

  • L'IRGC a frappé des complexes pétrochimiques d'ExxonMobil, Dow Chemical et Chevron Phillips en Arabie saoudite
  • Les Gardiens de la révolution annoncent que « toutes les considérations de retenue sont levées »
  • Les tirs de missiles balistiques iraniens ont baissé de 86 % depuis le début du conflit
  • L'Iran a tiré 438 missiles balistiques, 2 012 drones et 19 missiles de croisière en 39 jours
  • Si les frappes sur les infrastructures pétrolières du Golfe se multiplient, la pénurie en Europe s'aggravera

Questions fréquentes

L'Iran a-t-il encore les moyens militaires de frapper les installations pétrolières du Golfe ?
Les tirs de missiles balistiques iraniens ont chuté de 86 % et les drones de 83 % par rapport aux premiers jours du conflit, selon des sources américaines. Mais l'Iran conserve des capacités suffisantes pour atteindre les infrastructures du Golfe, comme le montrent les frappes du 7 avril sur des complexes pétrochimiques en Arabie saoudite. La portée de ses missiles à moyenne portée couvre l'ensemble de la péninsule arabique.
Quel serait l'impact de frappes iraniennes systématiques sur le pétrole du Golfe ?
L'Arabie saoudite et les Émirats produisent ensemble environ 12 millions de barils par jour. Si cette production était durablement perturbée, le Brent — déjà à 111 dollars — pourrait atteindre des niveaux historiques. Pour la France, qui importe 29 % de son gazole du Proche-Orient, cela aggraverait une pénurie déjà sévère : le rationnement est à l'ordre du jour du Conseil des ministres du 8 avril.

Antoine Lefebvre

Partagez cet article

Plus d'actualités Monde

Voir tout

Newsletter Regards Actuels

L'essentiel, en profondeur. Chaque vendredi.

Gratuit · Désabonnement en un clic